L’iglou – courte nouvelle

Pour le plaisir, je me suis amusée à écrire et illustrer une courte nouvelle.

J’ai d’abord fait les dessins au crayon mine, ensuite j’ai ajouté de l’aquarelle et j’ai retouché le tout par ordinateur.

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iglou

Les rues sont impraticables. La tempête a laissé une importante accumulation de neige. Je dois aller travailler, malgré la fatigue et l’heure tardive. J’ai fait poser une pelle sur mon camion. C’est assez payant. Quelques voisins m’ont demandé de déneiger leur entrée et j’ai obtenu un contrat avec la ville pour m’occuper des rues de mon quartier. Elles se terminent en cul-de-sac juste avant la rivière.

Enfin, la dernière rue de la soirée! La neige s’entasse au bout, créant une petite montagne. Mes paupières sont lourdes. Tout à coup, un homme surgit devant le camion.

– Faites attention à ce que vous faites !

– …

– Les murs tremblent, ça fait peur au petit.

– Quoi ?

– Vous faites trembler notre maison, elle risque de s’effondrer.

–  Je ne comprends pas. Il n’y a pas de maison.

-Venez, je vais vous montrer.

Intrigué, je descends du camion. Le vent balaie mon visage et s’infiltre par mon manteau ouvert. Mes dents claquent. Je suis l’homme derrière le monticule de neige, face à la rivière. Il y a un gros trou noir. Il se penche et y entre. Je fais la même chose. La lueur d’un feu me permet de voir une femme, un chaudron à la main. Elle me salut d’un signe de tête. Ça sent bon. L’homme s’assoit à côté d’un petit garçon, d’environ 3 ans, couché sur un matelas à même le sol.

– Voulez-vous de la soupe ? me demande la femme.

– Non merci, je ne veux pas m’imposer.

– Je vous en prie, assoyez-vous.

Elle me donne un bol et va servir l’homme et l’enfant. Des branches flottent dans mon bol. Je les mets de côté.

– On sous-estime les branches. Elles sont faciles à trouver et donnent du goût. Allez-y, goûtez.

Le goût est étrange, pas trop mauvais. Un bruit me fait sursauter. D’où ça vient ? Près du mur de neige se trouve un écureuil.

– C’est Kilou, il vit avec nous, dit l’homme

– Vous vivez ici ?

– Oui. On avait hâte que la neige arrive. L’hiver s’est fait attendre cette année…

Une pelle plantée dans le sol à côté d’un amas de terre attire mon attention.

– Vous creusez ?

– Oui et c’est long, mais on avance tranquillement. Voulez-vous plus de soupe ?

– Non Merci. C’est bon, mais je n’ai plus faim. Et il se fait tard, je vais rentrer.

Le froid me ragaillardit. Quel drôle de rencontre ! Et quelle idée de vivre sous la neige à même la rue ! Mon appartement semble si chaud et confortable. Je m’installe dans mon lit, bien emmitouflé sous les couvertures et m’endors exténué.

iglou iglou

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Je me réveille en pleine forme. Hanté par un vague souvenir, celui d’avoir été dans un iglou où vivait une famille. Je n’arrive pas à savoir si c’est un rêve. Le meilleur moyen d’en avoir le coeur net est d’aller vérifier. Et puis, c’est juste à côté. Le soleil brille et rend la neige encore plus éclatante. La journée va être belle. Les rues sont encore calmes à cette heure. Je retrouve la butte de neige. Je fais le tour et remarque un trou. Alors, c’est vrai! Je devrais y entrer, juste pour m’en assurer, mais je suis mal à l’aise. Si une famille vit là, je vais faire irruption chez eux et je n’ai pas envie d’être dans cette situation. Je retourne chez moi et m’écrase devant la télévision.Je n’arrive pas à me concentrer sur l’émission. Je dois y retourner, même si je fais irruption chez eux. Je remets mes bottes, mon manteau et me dirige vers la butte d’un pas décidé.

– Bonjour, il y a quelqu’un ?

Silence

– Je vais entrer.

Je me penche et entre dans le trou. Il fait très noir. Pas de feu aujourd’hui. Mes yeux s’habituent tranquillement à l’obscurité. Je vois le matelas et la pelle. La montagne de terre à côté semble avoir grossi.  Le trou est assez profond. C’est confirmé, je n’ai pas rêvé.  Je ne peux pas rester là à les attendre, je reviendrais plus tard.

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Un peu plus bas près de la rivière, la famille assise dans la neige profite des rayons du soleil. Une montagne de branches a été ramassée pour la soupe de ce soir. L’homme vide une casserole de remplie de terre et recouvre le monticule avec de la neige. À la tombée du soleil, la température refroidit, les enfants du quartier sont rentrées chez eux. Ils retournent à leur iglou.

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Pour une 2e fois aujourd’hui, je suis devant le trou. J’ai des papillons dans le ventre. Je dis à haute voix :

– Toc toc, il y a quelqu’un ? Je peux entrer?

Silence.

– Je vais entrer.

Je me glisse dans l’obscurité. Cette fois, je distingue un feu.

– Hé qu’est-ce que vous faites-là ? me dit l’homme.

– Bonjour, je vous ai apporté des biscuits.

– Vous m’avez fait peur. Personne n’est encore entré à l’improviste.

La soirée a été très agréable, près du feu; à rire et à manger de la soupe aux branches.

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Les oiseaux chantent. Des flaques d’eau commencent à se former. Les journées sont de plus en plus chaudes. Ça fait longtemps que je n’ai pas été voir la famille. Je pourrais leur apporter à souper. Je vais acheter du poulet rôti. Miam !  Ça va leur faire changement de la soupe aux branches.

L’odeur monte à mes narines. J’ai faim. La courte marche est pénible, j’ai envie de m’arrêter pour prendre quelques bouchées. J’arrive enfin devant la montagne de neige. Une partie du trou est obstruée. Je gratte avec mes mitaines. Il fait noir à l’intérieur. Pas de feu. Je trouve un briquet dans ma poche. La pelle est au sol et la montagne terre est énorme. On dirait un tunnel. Jusqu’où va-t-il? Ils planifiaient peut-être un vol de banque… Je dépose le poulet dans un coin, ils vont sûrement revenir. Sauf s’ils sont en cavales… Mon ventre grogne. Tant pis,  je croque à pleines dents dans une cuisse. Le trou m’obsède. Je dois aller voir. Mon briquet ne sera pas suffisant. Je retourne en vitesse chez moi pour prendre une lampe frontale. Je cours, j’ai hâte. Je m’engouffre dans l’iglou et sans réfléchir, je saute. La descente est longue, plus que je ne l’imaginais.  La lumière de la lampe ne me permet pas de voir le bout. Qu’est-ce que j’ai fait là ? Je n’arriverai jamais à sortir tout seul. Je vais mourir ici. Quel con ! Un peu de lumière commence à apparaître. Enfin ! J’atterris brusquement sur la terre ferme. Mes yeux me brûlent. Les rayons du soleil m’aveuglent. Un rire me tire de ma rêverie. Je distingue une silhouette. C’est un homme d’origine asiatique. Il doit avoir une trentaine d’années. Il me parle dans une autre langue et pointe le trou duquel je viens de sortir.  Je suis où ? Je me lève et me promène tranquillement pour trouver un repère; un nom de rue, un édifice. Il n’y a rien, que du vert. Je suis dans un champ. Quelques maisons apparaissent au loin. Je m’approche. Elles semblent en piteux états, leur toit est en paille. Toutes les personnes que je croise sont asiatiques.  Les écriteaux sont en mandarin. Je suis en Chine !

 

 

 

 

                 

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